L’interview du mois : Alexis Lafont, fondateur de la maison Caulaincourt

L\'interview du mois : Alexis Lafont, fondateur de la maison Caulaincourt

#1 POURQUOI AVOIR CRÉÉ CAULAINCOURT ?

J’ai créé la maison que j’aurai voulu voir exister en tant que client.

Tout ce que j’entreprends avec Caulaincourt je le passe au crible de ma propre vision de consommateur.

Cette obsession est sans doute la clé de la qualité de l’expérience client que nous proposons au quotidien.

Le risque aurait pu être de voir cette ambition diluée au fur et à mesure que la maison prenait de l’ampleur. Mais j’ai désormais une équipe avec moi, et cette équipe partage et incarne cette volonté que Caulaincourt a de toujours apporter l’accueil, l’écoute, l’expertise, le service et la joie dont un client a besoin pour vivre un moment formidable lors de l’achat d’une très belle paire de souliers.

Aujourd’hui nombreux sont les clients qui nous confient trouver chez Caulaincourt un meilleur service que dans bon nombre de maisons illustres, devenues trop grosses sans doute. C’est notre gratification, celle qui vient récompenser un travail acharné.

Et puis, Caulaincourt c’est aussi l’aboutissement naturel de ma passion pour le goût : celui des belles choses et des bonnes choses.

Je suis ce qu’on appelle un « bon vivant » et ce métier est un moyen pour moi de partager cela. Car le plaisir ne peut s’épanouir que dans le partage.

 

#2 AVEZ VOUS UN OU DES MODÈLES FAVORIS ?

 

Question difficile.

Difficile dans la mesure ou je créé tout ce qui touche de près ou de loin à Caulaincourt en qualité de directeur artistique ; par nature, chacune de mes créations est donc le fruit de ma subjectivité.

Mais si certains modèles de souliers devaient retenir ma préférence, c’est peut être d’avantage sur l’aspect global du soulier que sur sa simple esthétique que ça se jouerait : le confort, la facilité ou non qu’il aura de se marier à telle ou telle situation, contexte ou mise.

Le modèle Opéra par exemple, dans sa version en cerf grainé blanc est sans doute le modèle que je porte le plus tout au long de l’année.

Le confort est fantastique grâce à sa doublure en cuir perforé, à son montage Bolognais et à la souplesse de la peausserie.

Ensuite il y a sa couleur : il est vrai que mon quotidien ne m’imposant pas le costume gris, le soulier blanc est permis, et même extrêmement pratique à associer, comme aimait à le faire Serge Gainsbourg à l’époque avec ses Repetto.

Le magazine GQ a récemment consacré un papier dans lequel je tente modestement de prêcher la bonne parole au sujet des souliers blancs : lien article GQ.

Sans m’étendre d’avantage, voici une sélection de modèles qui ont su garder mes faveurs au fil du temps : Attila, Nomad, Colonial, Hemingway, Blackburn, Mony Peny, Caesar, Cassandre et Jane.

 

#3 POUVEZ VOUS ABORDER L’ASPECT CRÉATIF DE VOTRE TRAVAIL ?

Ce qui me passionne au quotidien c’est la création : que ce soit les souliers, les photographies pour Caulaincourt, la direction artistique du site internet ou encore l’intérieur de nos magasins.

Le processus de création n’est pas un élément figé, car il dépend de l’inspiration.

L’inspiration, ça commence par une ouverture d’esprit, une attention portée à tout un tas de petites choses, une sensibilité.

Le plus difficile c’est de ne pas se laisser happer au quotidien par l’accumulation des tâches de gestion, et garder cet état mental, cette disponibilité qui permet de remarquer telle ou telle forme, couleur, lumière, silhouette, article ou toute autre élément qui plus tard, produira une idée.

La beauté profite à ceux qui savent la voir.

C’est donc une vraie discipline nécessaire que de réserver une petite part de sois à l’observation, à la perméabilité, à la curiosité.

Un nouveau modèle ne prend pas forcément vie après des heures de « feuille blanche » au bureau, mais plutôt au détour d’une rue, devant un film, en voyage, bref, lorsque le cerveau est occupé à autre chose qu’au travail.

C’est pourquoi j’ai toujours sur moi un petit carnet qui recueille mes notes, mes croquis, ou mes idées : je ne peux prévoir le moment où celle-ci montrera le bout de son nez.

Le plus dur dans ce processus ce n’est pas d’avoir de l’inspiration, mais plutôt de se donner les moyens d’avoir de nouvelles idées : se réserver des plages de « travail déguisé », c’est à dire des moments où je ne travaille pas. Et paradoxalement c’est très difficile pour un homme comme moi qui met beaucoup d’énergie dans son travail.

Avec le temps, j’ai appris à « m’auto piéger » pour garantir l’existence de cet état mental qui permet de rester créatif. Il peut m’arriver de changer d’itinéraire lors de parcours quotidiens, d’aller voir une exposition ou un long métrage pour la seule raison que ce n’est pas celui ou celle que j’aurai choisi spontanément etc.

Mais parfois ça ne suffit pas, et certaines phases stériles sur le plan de la créativité peuvent durer plusieurs semaines !

Tout ça est très important, car ça permet à la maison de devancer les tendances (nous avons été les premiers à relancer les souliers à boucle, ou encore les souliers à pompons alors que personne n’y croyait par exemple).

Je crois que Caulaincourt a vraiment une offre de souliers intéressante, et qui couvre une grande partie des besoins – usages – de l’homme d’aujourd’hui.

De la plage aux conditions hivernales les plus rudes, nous proposons des souliers compatibles, car nous n’oublions pas que c’est un objet qui est destiné à être porté, utilisé, et non pas mi sous cloche.

Mais quelque soit l’usage qui est destiné au soulier, nous avançons avec l’idée qu’il doit être confortable, et beau.

Pour garantir cela, je m’astreint à une rigueur vitale : si j’ai, ne serait-ce qu’un doute sur les qualités esthétiques de tel ou tel produit, je ne valide pas sa sortie en série.

Ce n’est pas la nécessité commerciale qui guide les collections, mais bien l’aspect créatif ; C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons beaucoup trop de modèles !

Mais mon défi, et mon plaisir depuis huit années sont que mes souliers plaisent aux gens, à ceux qui les portent et à ceux qui les voient portés, sans contrepartie.

 

#4 QUELLE EST VOTRE VISION DE L’ÉLÉGANCE ?

 

Pour moi l’élégance est d’abord une question de mentalité : elle doit être morale avant d’être physique.

Elle doit aussi, être assumée et non feinte. Rien de pire à mon sens que les « élégants » qui donnent l’impression d’être déguisés.

Enfin, si elle est capitale à mes yeux, elle doit aussi se mettre en scène sans se prendre trop au sérieux

C’est donc un état d’esprit.

 

#5 POURQUOI EST-IL SI DIFFICILE DE FABRIQUER DES PRODUITS DE QUALITÉ ?

 

C’est mon défi au quotidien.

Je ne supporte pas l’approximation, et encore moins la médiocrité.

Si je propose un produit, j’ai besoin d’en être fier, et d’avoir confiance en lui.

C’est pourquoi nous avons des process de contrôle qualité qui sont très contraignants, en aval de la production, mais aussi en amont avec un cahier des charges très très poussé au niveau de la fabrication.

Mon job consiste à trouver les meilleures mains, les plus belles matières, pour proposer un produit magnifique. C’est donc d’exigence, mais aussi de temps qu’il s’agit.

Cela fait hui ans que je travaille avec le même atelier Français par exemple, et j’ai tendance à penser que le même produit est meilleur aujourd’hui qu’il ne l’était à l’époque.

Le temps qui s’est écoulé a porté ses fruits, la confiance mais aussi la compréhension mutuelle entre eux et moi est à son apogée. Et mes clients en bénéficient.

C’est difficile car il reste peu d’endroits capables de manufacturer des souliers de qualité, mais aussi parce que la peausserie (dont nous sommes extrêmement dépendants) est une matière vivante : garantir une homogénéité à nos clients est un défi sans cesses renouvelé, que nous relevons au quotidien depuis des années malgré un marché devenu très tendu.

En effet la tension sur le marché du cuir augmente sans discontinuer comme une résultante de la consommation frénétique de produits de luxe par les pays dits émergents : les prix explosent.

Donc le défi est double : proposer un produit de qualité, et le proposer avec une certaine stabilité de prix au fil des années.

Nous n’avons pas suivi l’inflation importante qu’on a pu observer chez les acteurs majeurs du marché, qui ont vu leurs prix exploser.

Car Caulaincourt ce sont des souliers de très haute qualité, proposés à un prix raisonnable.

 

#6 POUVEZ-VOUS NOUS FAIRE PARTAGER QUELQUES UNES DES GRANDES JOIES DE VOTRE MÉTIER ?

 

J’ai eu la chance d’éprouver un sentiment de fierté, d’aboutissement à deux reprises récemment :

Pour commencer, la naissance de notre premier bagage « OSCAR » qui est le résultat de nombreuses années de travail.

Je suis heureux de pouvoir proposer à mes clients un produit comme celui-ci, qui ne ressemble à aucun autre sac.

Pour moi tout y est :

Une fabrication artisanale assurée par un minuscule atelier Français dédié aux plus grandes maisons.

Des matières de premier choix.

La personnalisation rendue possible par la patine, ou le service de commande spéciale.

Une esthétique singulière et affirmée.

Un prix de vente sans nul doute raisonnable pour un produit portant des gênes aussi nobles.

 

Même formule magique pour le second projet qui a vu le jour très récemment : notre nouveau service de ceinture en grande mesure.

Qu’appelle-t-on grande mesure ?

Pour commencer, c’est un compagnon du devoir qui réalise nos ceintures en France, un artisan d’exception.

Ensuite, il s’agit d’un produit fabriqué uniquement sur commande : notre client peut tout choisir, de la boucle à la peausserie, en passant par les dimensions évidemment (longueur, hauteur), mais aussi les finitions comme la forme du bout de la ceinture, l’enchapage main ou encore la couleur des tranches et des piqures.

30 boucles Poursin, plus de 300 références de peausseries, 25 couleurs de fil … une infinité de possibilité pour un objet d’exception.

Et toujours à l’arrivée la joie de voir des clients qui, séduits par le projet d’une ceinture en peau d’éléphant, ou plus modestement d’un magnifique taureau nubucké, lancent leurs commandes avec l’entrain d’un petit garçon devant son camion de pompier.

 

C’est une joie de voir nos clients aimer nos produits, une récompense, et une vocation.

Propos recueillis par Thierry Richard, auteur notamment du très fameux « Paris pour les hommes », et rédacteur en chef du magazine digital de lifestyle masculin Les Grands Ducs.

 

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le 2 juin 2015. Par Alexis LAFONT. Catégories : Actualités, Featuring